Damien_Guillaume_03Déréalisation, exposition de Damien Guillaume, à la galerie nivet carzon, 2 rue Geoffroy Langevin 75004 paris, du 5 avril au 5 mai 2012.

La déréalisation est un terme médical qui traduit une altération de la perception ou de l’expérience du monde extérieur qui apparaît étrange ou irréel. C’est une distanciation involontaire par rapport au monde qui nous entoure.

C’est aussi ici le contraire de la mise en scène au sens de réalisation cinématographique ou photographique. Damien Guillaume ne met jamais ses sujets en scène. Il attend que la réalité se dilue. Cela prend parfois du temps. Il cherche à surprendre le corps précisément dans les instants d’abandon – comme des interstices dans le réel.

Pour Damien Guillaume, il s’agit de déréaliser les corps en association. Les corps sont quasiment asexués. Leur sexualité est absente, ou plutôt tellement lointaine qu’elle devient intangible. Comme si l’intimité, qu’elle soit par rapport à son propre corps ou envers celui des autres, n’était qu’un leurre.

Le grain des peaux est traité comme un matériau plastique. Damien Guillaume le dévoile puis le recouvre avec des couleurs altérées. Altération de la perception, la sienne ou la nôtre.

Au commencement, il y a une somme incalculable d’événements, qui émanent de moi et des autres, qui se réunissent en un point dans mon esprit. Il y a le désir de tenter une expérience.

Au commencement, il y a des fantasmes personnels auxquels je veux donner vie sans vraiment y goûter. Il y a une lassitude qui veut se briser.

Au commencement il y a le désir de s’élever, de découvrir des plaisirs nouveaux, repu de plaisirs trop consommés. Le désir ardent de questionner l’autre avec acuité.

Puis il y a le besoin de donner forme à ce point où tout s’est réuni, de créer une relation autre, qui n’est pas sexuelle, qui n’est pas d’amour ni de fraternité ou d’amitié. Qui est un peu tout ça et à la fois tout autre chose. Créer une relation nouvelle dans un espace clos, que mon boîtier emprisonnera à jamais.

Puis il y a la relation qui se tisse. L’espace, qui se fige, pour quelques instants de prise de vue et l’éternité sur la surface sensible.

Puis il y a le besoin de retirer le superflu pour ne plus se concentrer que sur les matières, les formes et les couleurs. Déréaliser le cliché pour que le dialogue entre moi, le modèle et le spectateur ne soit plus perturbé.

Je suis amoureux de l’humanité. Je suis gourmand. Je veux la connaître dans son intime, là où elle est sans défense, sans haine, sans apparats. Je veux être l’explorateur des émotions enfouies, cachées, masquées. Je veux être celui qui donne du plaisir sans violer, celui qui, toujours bienveillant, manie la frustration pour offrir une expérience de voyage intérieur.

Damien Guillaume